Interview,  Vidéo

Interview Exclusive pour N+ : Traduction et Vidéo

A peine quelques heures après avoir terminé son concert à Mexico le 25 mars, Shakira a donné une interview exclusive à N+. Il était exactement 2h du matin lorsqu’elle a pris le temps de répondre aux questions de Danielle Dithurbide. Voici la vidéo et juste en dessous notre traduction exclusive. Cliquez sur « Traduction de l’interview pour N+ » pour y accéder.

L’information capitale à retenir de cette interview est la confirmation par Shakira elle-même qu’il y aura des surprises prévues lors de leg nord américain et notamment la venue de plusieurs guests sur cette tournée : « Ce sera très spécial, tout comme l’a été ce soir avec Grupo Frontera. »

Danielle Dithurbide : Shakira, merci, merci pour ces quelques minutes, merci d’être là après un concert où tu donnes tout, vraiment tout, et je l’ai vu de mes propres yeux. Tu es ici assise à parler au public mexicain. J’ai toujours aimé imaginer ce qu’un artiste de ton envergure fait après un spectacle. Et toi, en fait, tu continues juste à travailler.

Shakira : Je me couche très tard, en vérité. Le spectacle se termine et je ne sais pas, je pars d’ici (le stade) vers 2 ou 3 heures du matin. Le temps d’arriver à l’hôtel, c’est comme si j’avais mis les doigts dans une prise électrique. C’est difficile de faire redescendre l’adrénaline. Donc je finis par me coucher très tard, je me réveille tard et le lendemain, c’est reparti. J’arrive plusieurs heures à l’avance, je fais un peu d’exercice, je m’étire, je me prépare, je me maquille, je me coiffe et c’est reparti.

Danielle Dithurbide : Que fais-tu pour reposer ton corps ? Après deux heures et demie de danse sans arrêt… Tu ne t’arrêtes pas une seconde ! Tu reposes ton corps d’une certaine manière ? Tu reposes tes hanches ? Je te regardais et je me demandais : « Comment fait-elle pour récupérer ? »

Shakira : Dormir huit heures, ni dix, ni douze ne suffisent pas. Et en plus, quand je suis avec mes enfants, ce qui est la majorité du temps, si j’ai une journée libre, j’essaie de les sortir, de les emmener dans un musée. Et mes enfants ont une énergie incroyable.

Danielle Dithurbide : Oui, comme toi aussi.

Shakira : Entre nous trois, on se comprend bien, car nous sommes très énergiques.

Danielle Dithurbide : Bienvenue au Mexique. Tu t’es installée ici pour la tournée en Amérique centrale et du Sud, mais bienvenue. Je suis ravie que tu sois là, que tu te sentes mexicaine, comme tu l’as dit. Que signifie le Mexique pour toi ? Et comment as-tu vécu ce séjour ici ?

Shakira : Tout d’abord, c’est un pays magnifique. Je suis enchantée par l’accueil, par l’affection… Je ne veux pas partir.

Danielle Dithurbide : Ne pars pas.

Shakira : Non, je ne veux pas partir, et si je pars, je reviendrai. Je suis amoureuse du public mexicain, de ce qu’il me donne chaque jour : cette loyauté, cet amour… De quelle façon ils m’ont réparé l’âme, comment chaque soir ils chantent du début à la fin, rient, dansent, pleurent, réfléchissent avec moi. Ce n’est pas seulement un concert, c’est une rencontre, une communion, et surtout, une guérison totale pour moi et pour beaucoup de personnes qui sont là aussi. Je crois que cette complicité que j’ai avec mon public est unique.

Danielle Dithurbide : Est-ce que Shakira a grandi ? Tu es devenue un symbole pour beaucoup de femmes, mais aussi pour des hommes, une preuve qu’on peut dire : « Je vais très mal et je veux le dire. » Et ce n’est pas facile.

Shakira : Non, ce n’est pas facile, car on nous a appris à cacher nos sentiments, surtout dans une société où, avec les réseaux sociaux, tout le monde prétend aller bien, non ? Je pense qu’il est important de reconnaître la vulnérabilité. Nous sommes faits de chair et d’os, de larmes aussi, et cela nous rend également forts.

Qui échappe aux problèmes, aux défis, aux échecs ? Nous passons tous par des moments difficiles, par des déceptions, mais il faut continuer à célébrer la vie, avec les gens qu’on aime, avec ceux qui nous valorisent vraiment. Le public a joué un rôle essentiel en me faisant sentir appréciée, en me faisant comprendre qu’il vaut la peine de continuer à se battre.

Danielle Dithurbide : Au fait, as-tu entendu ce que criait le public ? On ne peut pas répéter les mots…

Shakira : Non, je n’entends rien avec ces écouteurs.

Danielle Dithurbide : Quand on coupera les caméras, je te dirai ce qu’ils disaient.

Shakira : On me raconte toujours après : « Qu’est-ce qu’ils ont dit ? » Je n’entends pas bien ces choses-là. Mais quand ils crient : « Shakira, ma sœur, tu es déjà mexicaine », ça oui, je l’entends et je le comprends. Le reste, mieux vaut ne pas écouter.

Les gens doivent dire ce qu’ils veulent, il faut être libre et l’exprimer.

Danielle Dithurbide : À qui chantes-tu ? À qui as-tu chanté toutes ces années sur scène ? À l’amour, au désamour, à toi-même, à quelqu’un d’autre ?

Shakira : Tout ça. Tout ce que tu dis. Aux expériences de la vie. Quand je chante, je me souviens, je pense… Parce que la douleur, il ne faut pas juste la ressentir, il faut aussi la comprendre. C’est la seule manière de la surmonter. Et puis, je célèbre aussi. Car un concert, c’est une fête. Je m’amuse énormément.

Danielle Dithurbide : Tu as transformé la douleur en pouvoir. Est-ce que tu le ressens comme ça ? Ou as-tu aidé les femmes à transformer leur douleur en force grâce à tes chansons ?

Shakira : Il faut la transformer, la sublimer. Ce que j’ai vécu a été une sorte de processus alchimique : toute cette rage, cette frustration, cette douleur… Je l’ai transformée en créativité et en productivité pour me reconstruire.

Comme les visuels du début du concert où on voit cette femme dans le désert – c’est moi –, sous un soleil brûlant, assoiffée… Elle s’effondre, comme je me suis sentie parfois, et elle se reconstruit. Et elle renaît.

Danielle Dithurbide : Tu as créé un mouvement, une meute, tu as fait en sorte que toutes nous ressentions cela à un moment donné.

Shakira : C’est ça, la femme latine, la femme mexicaine : une femme entreprenante, une femme travailleuse. Il y a des millions de mères célibataires, des millions de femmes qui gagnent plus que leur mari, qui travaillent plus, qui font le triple d’efforts. Ce sont elles, les vraies louves, et ce sont elles qui m’inspirent.

Isabel, la louve qui apparaît dans mon concert, c’est en leur honneur. Elle est magnifique, imposante. Elle s’appelle Isabel.

Danielle Dithurbide : Pourquoi ce nom ?

Shakira : J’ai mes raisons. Mon deuxième prénom est Isabel, donc je m’identifie beaucoup à elle, et elle à moi. Elle est là pour représenter cette femme, cette amie fidèle, cette mère protectrice, cette femme résiliente que nous sommes toutes.

Danielle Dithurbide : La meute accepte-t-elle les hommes ?

Shakira : Bien sûr. Les hommes, les femmes, les petits loups, les petites louves, tous ceux qui sont là font partie de la meute parce que nous partageons les mêmes valeurs, parce que nous croyons aux mêmes choses. C’est ce que je ressens. C’est pourquoi, quand je chante, je me sens si comprise, j’ai l’impression que mon public me connaît et me comprend si bien, presque comme ma mère, presque comme mes enfants. Ils me connaissent très bien.

Danielle Dithurbide : Quelle est la suite pour toi, Shakira ? Tu as tout fait : tu as participé aux Coupes du Monde (de football), tu as été sur les plus grandes scènes, tu as chanté au Super Bowl, tu es présente partout, tu es célèbre, tu es importante, tu as aidé des millions de femmes avec ta musique… Quelle est la prochaine étape ?

Shakira : Continuer à faire de la musique. Je me rends compte que je passe de très bons moments en studio et que c’est peut-être l’endroit où je me sens le plus à l’aise, à créer de la musique, à écrire. J’ai encore beaucoup de choses à exprimer.

Danielle Dithurbide : Bon, pour finir, après ces concerts au Mexique, tu pars aux États-Unis. Où vas-tu ? Qu’attends-tu de cette tournée aux États-Unis, un pays qui t’a tant apporté ?

Shakira : Ce sera ma première tournée dans des stades aux États-Unis. Nous avons Miami, New York, Boston, Chicago, le Texas… Nous allons être dans tellement d’endroits ! Nous commençons le 13 mai à Charlotte, et pour l’instant, il y a environ 20 concerts prévus.

Danielle Dithurbide : En ce moment, la musique latine a une signification particulière pour les Latinos, elle les ramène à leurs racines dans un contexte qui n’est pas toujours évident. Est-ce que cela donne un élément supplémentaire à ta tournée ?

Shakira : Oui, bien sûr. Je sais que je serai accompagnée de ma communauté latine à chacun des concerts aux États-Unis, et cela me fait me sentir très à l’aise. J’ai hâte de chanter Antología, Pies Descalzos, toutes ces chansons… Hips Don’t Lie, bien sûr, qui a été une chanson importante aux États-Unis. Mais surtout, je pense qu’il y aura beaucoup de surprises, et je serai entourée d’amis, de collègues qui viendront me soutenir. Ce sera très spécial, tout comme l’a été ce soir avec Grupo Frontera.

Danielle Dithurbide : Shakira, tu disais que ce sera ta première tournée dans des stades aux États-Unis, mais ce que tu as accompli au Mexique, ce que tu vas réaliser dimanche à la fin de ta tournée ici, c’est un record que personne n’a jamais atteint, et que personne n’avait même expérimenté auparavant.

Shakira : Cette tournée a été épique. Être ici au Mexique, dans ce stade, chanter sept fois pour mon public… Je n’arrive pas à le réaliser, je n’y crois même pas moi-même ! C’est un cadeau que vous m’avez fait, vous, le public mexicain, et j’ai très envie de revenir. J’espère que vous me le permettrez.

Danielle Dithurbide : C’est incroyable, Shakira. Merci. Merci sincèrement pour ces quelques minutes, alors que tu es dans un état de fatigue extrême. Je te suis très reconnaissante. Si tu ne pouvais chanter qu’une seule chanson de tout ton répertoire pour toujours, une seule, laquelle choisirais-tu ?

Shakira : Oh non, ne me fais pas ça ! Ne sois pas cruelle ! Une seule, je ne peux pas, je ne peux pas… Oh non, je ne sais pas, c’est comme si tu me demandais quelque chose d’horriblement fataliste. Non, je ne peux pas répondre à ça.

Danielle Dithurbide : Merci beaucoup, Shakira, merci sincèrement.

Shakira : Merci pour tout. Merci de m’accompagner.

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